de Philippe Briones et Ange
aux éditions Soleil
Scénariste :
Ange
Dessinateur :
Philippe Briones
Couleurs :
Stéphane Paitreau
Date de parution : décembre 2003
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
Lire tous les articles concernant Philippe Briones ou Ange
Une série qui continue de se construire une solide réputation
Lors de sa première parution fin 1998 chez Vents d’Ouest, le tome
1 de La Geste des chevaliers-dragons avait provoqué un cataclysme
dans le petit monde de la BD d’heroic-fantasy. Le couple Ange/Varanda, qui a notamment
récidivé dans un tout autre style avec Paradis Perdu, plaçait
la barre démesurément haut en publiant une histoire au scénario
léché, magnifiquement servie par le trait raffiné et pourtant
aride de Varanda. J’avoue que, cinq ans plus tard, je n’osais plus trop m’attendre
à une suite, et ma surprise n’a eut d’égal que mon ravissement de
voir La Geste renaître de ses cendres chez Soleil, avec un nouveau
venu au crayon.
Le concept ? Un monde dans lequel la fréquentation
des dragons vous propulse en quelques jours, voire quelques
heures, dans les abîmes de la folie et de la déréliction1
physique et mentale : un phénomène connu
sous le nom de veill. Dans ce monde, les humains
vivent donc le plus à l’écart possible
des dragons. Pour s’en protéger, ils ont également
créé une caste guerrière, immunisée
aux effets du veill par la virginité de
ses membres tous féminins : les chevaliers-dragons.
"Le talisman ne marche pas ; ils ne marchent jamais"
La petite Akanah, traumatisée dans son enfance par l’effet du
veill sur son jeune frère dont elle avait dû abréger
les souffrances, est devenue aujourd’hui une novice de l’ordre des chevaliers-dragons
et sa beauté scandaleuse le dispute à ses talents de bretteur. Avec
sa comparse Eléanor, elle a été chargée d’accompagner
le chevalier Oris, leur supérieur hiérarchique, dans une stupide
entreprise diplomatico-économique. Dire que les deux novices ne rêvent
que d’aventure et de frôler le souffle méphitique des dragons !
Pourtant, en cours de route, leur mission prend une toute autre tournure
: un dragon s’est visiblement établi près de leur destination, causant
la mort et la panique dans l’agglomération. Le jeune cartographe Jan, épris
d’Akanah, les accompagne près de l’antre du reptile, convaincu qu’il est
protégé par le talisman de sa guilde. Et c’est ainsi qu’Akanah voit
ressurgir ses terreurs du passé...
La Geste : un monde à
un seul architecte et plusieurs maîtres d’oeuvre
On pourrait
en dire beaucoup sur une série aussi riche et mouvementée que La
Geste. Du point de vue de l’histoire, même si l’une des protagonistes
(Akanah) apparaissait rapidement dans le premier volet, ce tome peut se lire indépendamment
du précédent. Ce qui focalisera bien sûr l’attention c’est
le changement de dessinateur pour ce deuxième tome : le trait rond et velouté
de Briones vient remplacer celui de Varanda. Briones promène ici sont style
graphique quelque part entre ses propres productions (Les Seigneurs d’Agartha
également chez Soleil) et le trait, ma foi inimitable, d’Alberto Varanda.
Le résultat est plutôt convaincant, et ce qui pouvait passer pour
une gageure produit un effet en tout cas au-dessus de mes espérances initiales.
Seul regret personnel : le côté confus de l’affrontement final avec
le dragon, pourtant présenté en encart comme "une scène
stupéfiante d’efficacité". J’avoue avoir efficacement été
perdu, à tel point que je pensais que le bateau volant était emmené
dans une sarabande de tonneaux par le saurien à grandes dents.
Les fans de Varanda regretteront sans doute l’âpreté de style et
de ton du premier opus. Quant aux autres, ils trouveront à leurs nouvelles
héroïnes : Akanah et Eleanéor, le même charme tapageur
qu’à Jaïna et Ellys qui les avaient précédées.
Personnellement, je trouve plutôt agréable que le ton de ce volume
s’accorde si bien aux talents propres de Briones, au dessin à la fois plus
léger et plus "animé". Bref une série qui continue
de se construire une solide réputation. Cerise sur le gâteau : Soleil
offre dans le cahier de croquis qui clôt ce volume, quelques dessins de
Sylvain Guinebaud, chargé de réaliser le prochain volet de la série,
qui s’annonce plus brutal et plus carnassier.







