de Denis Bajram et Denis Bajram
aux éditions Soleil
Sous-genres :
- Space opéra
Scénariste :
Denis Bajram
Dessinateur :
Denis Bajram
Couleurs :
Denis Bajram
Date de parution : septembre 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 46
Titre en vo : 1
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Comme la dernière respiration de l’apnéiste
Rares sont les séries au cours étendu à travers le temps
et dont on admet qu’elles ne faiblissent pas, en intensité, ou en richesse
( : qualité, nouveauté, etc...) graphique ou scénaristique.
C’est pourtant ce que l’on s’accorde à reconnaître à Universal
War One (UW1) de Denis Bajram. Six ans après La Genèse
(UW1-1), Babel constitue le cinquième et avant-dernier tome
de cette fresque science-fictionnaire saluée par la critique et consacrée
par le public. Dessinée dans pas moins de quatre ateliers différents,
UW1 sera sans doute terminée à Bruxelles, dans l’atelier
de l’étuve créé par Bajram et Mangin, et qui a déjà
vu éclore Le Déluge (UW1-4) et le tout récent
Babel. Une nouvelle stabilité géographique qui a permis l’épanouissement
total du talent de ce prodige de la planche à dessin qui nous offre ici
son oeuvre la plus aboutie à ce jour.
"Imaginons que l’espace-temps est ce hublot"
Lorsqu’ils émergent du wormhole, les quatre rescapés de l’escadrille
Purgatory sont bien loin d’imaginer que le déluge vient de s’abattre sur
le monde qu’ils connaissaient. Dans un fol engrenage, les Compagnies Industrielles
de Colonisation ont finalement mis leur plan à exécution, provoquant
la mise en action du wormhole. Une action qui aura eu pour effets notables de
rejeter la navette de nos héros à des éons dans l’espace
et dans le temps. Ainsi, lorsqu’ils regagnent le voisinage du système solaire,
ils sont fait prisonniers par la milice armée des CIC, et découvrent
que la Terre a été anéantie, non pas deux jours auparavant,
mais bien trente ans plus tôt !
Catapultés dans un futur effrayant où les CIC règnent en
maître et appliquent leur doctrine para-militaire depuis leur base spatiale,
les membres de l’escadrille Purgatory jouent leur va-tout. Mais la tentative d’évasion
de Mario tourne mal signant l’arrêt de mort de June sa bien-aimée,
et le sien. Tandis que ravagé par le remords et la responsabilité,
Kalish, l’inébranlable cerveau du groupe, met fin à ses jours...
"Alors bienvenue dans un univers de merde..."
Folle gaieté dans ce cinquième tome : certes l’on retrouve Amina
et Milorad "trente ans après", mais pour ce qui est des rescapés
de Purgatory, un sale temps règne et prélève trois nouvelles
vies en ce seul opus. Ce cinquième volume donne un peu l’impression de
nous préparer au dénouement : la Terre ayant été détruite,
les paradoxes temporelles semblant résolus, on attend, on se méfie...
Babel est donc un peu comme la dernière respiration de l’apnéiste
avant de plonger dans les abysses : symétrique mais pourtant plus longue,
plus profonde que toutes les autres. Aiguisée par la conscience que l’on
approche du but. Un but auquel Kate von Richburg semble destinée...
Universal War One offre des tas d’opportunités d’extrapolations,
établit des liens tantôt évidents, tantôt cryptiques,
à la manière dont nos yeux tracent des lignes invisibles au sein
des constellations. Dans Babel, on est ainsi tenté d’établir
le parallèle entre les explications de Kalish sur la physique sidérale
étayées par les dessins naïfs du personnage, et l’activité
réciproque d’un Bajram, qui n’est pas physicien nucléaire et dont
le propos paraîtra sans doute d’une naïveté déconcertante
aux spécialistes de ce domaine (par exemple les bulles étanches
d’espace-temps...), mais qui, en attendant, reste un putain de dessinateur doublé
d’un foutu scénariste !
Techniquement irréprochable
Cet album, édité pour la première fois en édition
de luxe en noir et blanc, est l’occasion pour Bajram de faire encore un bond
en avant technique : rares sont les albums qui montrent une telle qualité
d’encrage, une telle maîtrise des ombres. Tout un pan nouveau du talent
de Bajram nous apparaît à travers les pages de Babel, qui
profite également au travail des nuances (et une certaine forme de "sobriété
mesurée"). La finesse du dessin, la régularité des traits
atteignent ici un niveau qui était sans doute la seule limite au talent
de l’auteur, pourtant énorme*. Les planches spatiales sont également
dignes des plus beaux clichés de la NASA. Ajoutons encore à cela
une mise en couleurs plus dense et plus maitrisée, et l’on mesure les progrès
accomplis par l’auteur au cours des trois dernières années, même
depuis l’excellent Déluge (UW1-4). Cela nous laisse présager
un final de toute beauté. Chapeau l’artiste !
* L’occasion de saluer au passage Mathieu Lauffray, compagnon de toujours de Bajram, et salué par ce dernier pour ses talents de dessinateur et d’encreur.







