de Christian de Metter et Thomas Benet
aux éditions Soleil
Scénariste :
Thomas Benet
Dessinateur :
Christian de Metter
Date de parution : août 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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Ready, Steady, Go !
–
"Toi qui t’y connais en rock, on a une BD pour toi."
M’a dit le chef.
– "OK" que je lui réponds, d’emblée sceptique parce
que je sais d’expérience que le rock s’hybride mal (ou
alors c’est moi qui suis trop exigeant). "Et ça s’appelle
comment ta BD ?"
–"Swinging London" qu’y me répond le chef.
Aïe ! Pas de bol ! Pour ainsi dire ma spécialité, soit-dit
sans me vanter… mon scepticisme en remonte d’autant.
Swinging London, voilà un titre bien ambitieux
tant l’expression est galvaudée. Notez, c’est prendre
au fond bien peu de risque car au juste, que sont sensés
savoir les critiques de BD de cette glorieuse époque
de la pop culture ?
On pouvait donc craindre le pire, l’accumulation de
clichés, mais le choix de sous-titrer ce premier tome
Dead End Street est d’emblée encourageant. Single
magique des Kinks tiré de Face To Face, assez
connu pour ne pas faire pédant et éveiller l’intérêt
des amateurs, et suffisamment obscur pour donner tout
son sens à la référence.
Tout commence donc le 27 août 1967, nous dit-on. Tiens
c’était un dimanche, que je me dis immédiatement. Pas
que j’ai la science infuse mais c’est la date de la
mort de Brian Epstein, le manager des Beatles, qui avait
cassé ses bretelles un dimanche pendant que ses poulains,
accompagnés du tout Londres, faisaient les guignols
à Bangor – Pays de Galles – avec le Mahareshi Mahesh
Yogi.
Mais c’est sur un autre indien que s’ouvre l’intrigue
de ce premier tome.
Indranath Ray est le medium le plus en vue de cette
jet set lysergique. Un coup de fil en pleine nuit l’informe
que Jasper Brown vient de mourir brûlé vif dans son
château en Ecosse. Chanteur des Queen Bees, pop star
très en vue, et très droguée, Brown était son ami, et
d’emblée Ray ne croit pas à la thèse du suicide évoquée
dès le lendemain par la police. D’autant moins qu’il
reçoit par la poste le film super 8 d’une partouze sulfureuse,
expédié par le chanteur lui-même la veille de sa mort.
Cassandra Jones, une jeune journaliste d’origine jamaïcaine,
apprend de son côté, que la star s’apprêtait à saborder
les Queen Bees, ce que ni Manners ni Peterson, le guitariste
et le manager du groupe n’étaient disposés à le laisser
faire.
Très vite, les deux pistes se rejoignent, et l’un comme
l’autre sentent qu’ils viennent de mettre le doigt dans
l’engrenage d’une très, très grosse machine.
On aurait pu s’attendre à un graphisme plus flamboyant
pour une époque aussi acidulée, et c’est vrai que de
prime abord le style de Christian De Metter vous bouscule
un peu. Mais ce crayonné brut qui donne vie à ses lavis
de couleurs vous gagne peu à peu. Et finalement, on
est raccord. Le dessin très arty de De Metter
et le scénario qu’il a co-écrit avec Benet, nous entraîne
à merveille dans ce Swinging London parfaitement
rendu. Le choix de cette année 67 est judicieux car
c’est une année charnière, où le rêve va peu à peu tourner
au cauchemar.
Alors certes nous n’en sommes encore qu’aux prémices.
On se retrouve avec un sosie de Brian Jones qui meurt
le même jour que Brian Epstein, le gars était marié
avec un carbone de Marianne Faithful, et managé par le
petit frère de Peter Grant. Pour corser le tout il était
fan d’Aleister Crowley, comme Jimmy Page, et pratiquait
la magie noire comme Graham Bond. Autre aspect intéressant,
ce choix de protagonistes issus des deux plus grosses
communautés immigrées de Londres, qui nous montre dans
toute sa brutalité une société encore très raciste.
Mais que l’on ne s’y trompe pas. S’ils émaillent
leurs pages de références qui vont ravir
les connaisseurs, ils ne sacrifient jamais l’intrigue
de ce qui s’annonce être un polar déjanté,
prenant pour toile de fond une des dernières
périodes de notre histoire où tout était
possible.
Cette "impasse" que nous emmène visiter De Metter,
promet de déboucher sur des ruelles plus obscures encore.
A suivre avec intérêt…







