de Fabrice Delphi
aux éditions Terre de Brume ,
collection Terres fantastiques
Auteurs :
Fabrice Delphi
Couverture :
Jean Delville
Date de parution : novembre 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 232
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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Dentelle littéraire arachnéenne
Delphi Fabrice, Gaston-Henri-Adhémar
Risselin de son vrai nom, sest fait connaître
en 1900 avec LAraignée rouge, courte
pièce interdite par la censure et dont il tirera
le roman du même titre paru en 1903. La même
année fut représentée Clair
de Lune, une pièce de théâtre
que Fabrice avait co-écrite avec Jean Lorrain.
Il collabora également avec Paul de Pitray, Maurice
Goublier et Oscar Méténier. A la mort
de ce dernier, Fabrice oriente sa production vers la
littérature populaire, abandonnant la veine décadente
qui se manifeste dans LAraignée rouge.
Une araignée au plafond
Andhré Mordann un jeune homme las de vivre et
décrire retrouve son âme denfant
et lentrain qui la caractérise dès
quil sagit de persécuter des insectes
et tout particulièrement de livrer des mouches
en pâture aux araignées. Essayant de renoncer
à cette activité il regagne Paris et y
croise un ami de fête, Pierre de Nidine, perdu
de vue quelques années auparavant. Celui-ci sest
marié et sa félicité conjugale
souligne par contraste la détresse morale dAndhré
qui dégoûté de tout et de tous,
effrayé par un Fantôme quil aperçoit
en divers endroits ne trouve de repos que dans léther,
le haschisch et la morphine.
Rien ne le distrait durablement de son obsession le
Fantôme revient sans cesse. En compagnie de Louisette,
sa cousine et future femme, Andhré déplie
un vieux costume de « zouzou »
porté dans son enfance pour un bal. Une énorme
araignée rouge a trouvé refuge dans ce
déguisement et en lapercevant, tout séclaircit
dans la pensée d’Andhré : il est
poursuivi et harcelé par Arachné !
A voir des pattes velues à la place des mains
ne finira-t-il par commettre un crime avec les siennes ?
Un contraste saisissant
Ce journal dun fou comporte deux univers très
distincts qui sentremêlent parfois et sont
tous les deux très bien rendus. Il donne à
lire dans un style précieux les pensées
nourries de références artistiques du
XIXè siècle dAndhré. Celui-ci,
tantôt languide tantôt exalté, trouve
de lapaisement dans de nouvelles lubies ou dans
les paradis artificiels mais sans cesse son cauchemar
le rattrape.
Ces papiers « griffonnés de pattes
daraignée » témoignent
également dexistences toutes autres :
dans ses errances, Andhré fait d « équivoques
connaissances », il fréquente des
filles et des bandits quil accompagne au casino
ou dans dinterlopes fêtes. Son texte inclut
lors de ces épisodes nombre de termes argotiques
et de chansons canailles.
Derrière ce récit vertigineux de la descente
en enfer dAndhré sesquisse en filigrane
un portrait amer mais plutôt vif du Paris de la
Belle Epoque.
Intéressante mise en perspective
La collection Terres Fantastiques fait une fois de plus
uvre dhistoire littéraire en adjoignant
au texte de Fabrice plusieurs documents qui lexplicite,
le prolonge ou le reprenne.
Le texte de la pièce interdite après sa
première représentation, comme le laisse
à penser son sous-titre (« scènes
de la vie des courtisanes »), nexplore
quun des deux aspects du roman : Andhré
met des prostituées au service de son obsession
mais les filles de joie seffraient de son vice.
Le journal du Dr Hedderson, une nouvelle de Horst
H. Wehner parue en Allemagne en 1919 relate un délire
assez semblable à celui dAndhré
qui ne sachève pas même avec le meurtre
de la personnification de lAraignée :
le commissaire chargé de lenquête
adopte à son tour un comportement pour le moins
dérangé
Enfin, on la déjà dit Jean Lorrain
et Delhi Fabrice se connaissaient et ont écrit
ensemble deux textes : Clair de Lune et
un roman LHomme de joie, publié
en 1919 sous le seul nom de Fabrice. LAraignée
rouge est dédiée à Lorrain.
La dédicace reprend un article dans lequel Lorrain
citait Fabrice comme appartenant aux arpenteurs du « terrain
vague » aux côtés décrivains
plus illustres ; Fabrice expose avec une auto-dérision
manifeste la genèse de LAraignée
et remercie Lorrain de son intérêt.
En fin de volume est reproduit un texte de Lorrain portant
le même titre. LAraignée rouge est
ici une comtesse soupçonnée davoir
extenué jusquà la mort un de ses
amants et immortalisée en un portrait symbolique
par son amant suivant avant quelle ne se suicide
(ou quon ne la suicide aux dires de certains
).
Suivent des lettres de Lorrain expédiées
à Fabrice qui témoignent directement de
leur relation humaine et littéraire.
Encore une fois, on se réjouit que Xavier Legrand-Ferronnière
retisse patiemment la toile de fond littéraire
de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Bien plus que de la résurrection dun passé
évoquée par Mordann sous linfluence
du haschisch , cest de la réappropriation
dun patrimoine fantastique intemporel quil
sagit !







