de Christopher Priest
aux éditions Denoël ,
collection Lunes d’encre
Auteurs :
Christopher Priest
Couverture :
Manchu
Traduction :
Michelle Charrier
Date de parution : octobre 2004
Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Recueil
Nombre de pages : 335
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Lire tous les articles concernant Christopher Priest
La fée Vermilion Sands de Ballard s’est penchée sur le berceau de L’Archipel du rêve… Attention chef-d’œuvre !
Christopher
Priest est un des écrivains les plus intéressants de la scène
anglaise d’aujourd’hui. Révélé au monde dans les années
70 avec son troisième roman, Le Monde Inverti, cet auteur rare a
pour sujet de prédilection la perception de la réalité, ce
qui l’a - à tort et à travers - fait comparer à Philip K.
Dick.
"
Vous aviez envie d’une dédicace. Comment vous appelez-vous ?
- Oh…
Dik.
- Avec un C ?
- Non, l’autre orthographe. "
In La Négation
Dick
s’est attaché de façon mono-maniaque à démontrer que
la réalité n’est pas ce qu’elle semble être. Priest, quant
à lui, explore au fil de son œuvre la perception que l’on a de celle-ci.
On sait où est le réel, on sait quand on le quitte mais très
vite, on ne peut plus démêler le vrai du simulacre.
Avec
une écriture simple et sans fioriture, il nous emmène tour à
tour dans des univers virtuels, oniriques ou métaphoriques. C’est le cas de
la série de nouvelles de L’Archipel du rêve.
Priest, un
auteur difficile ?
Ce qui déroute dans l’œuvre de Priest,
c’est qu’il n’apporte pas de réponse aux questions qu’il pose. Souvent,
le lecteur reste perplexe devant la conclusion d’un roman, l’impression qu’il
manque quelque chose. C’est souvent à lui de compléter les blancs
par sa réflexion et/ou son imagination. L’interprétation d’un texte
de cet auteur est, par conséquent, on ne peut plus personnelle et il est
donc logique que certains restent totalement froids à cet
univers. Il est cependant bien plus accessible qu’un M.J. Harrison par exemple
car son style est fluide et les protagonistes qu’il campe toujours attachants.
L’Archipel
du rêve version 2004
En attendant La Séparation,
roman inédit qui paraîtra en mars 2005 dans la même collection
et la réédition de Futur Intérieur chez Folio SF, Denoël
nous offre une version remaniée d’un recueil déjà excellent
paru en 1981 chez Lattès. L’Instant équatorial et La Libération
ne figuraient pas au sommaire de la précédente édition.
De plus, il s’agit ici de d’une nouvelle traduction réalisée à
partir de versions révisées de l’auteur (1999).
L’archipel
: une parenthèse
Sur fond de guerre totale de plus de 3000 ans,
de gaz qui bernent les sens, de propagande, de désinformation, de manipulations
à la 1984 d’Orwell, le lecteur va découvrir L’Archipel du rêve
à la fois englué dans ce gigantesque conflit et offrant paradoxalement
un abri hors du temps à certains.
La Négation dresse le
portrait d’un jeune militaire garde-frontière. Dik rêve de devenir
écrivain, il profite d’une permission pour faire la connaissance de celle
qui a rédigé son livre culte : L’Affirmation. Cette rencontre
débouchera sur une révolte et l’abandon d’un rêve. Pour Priest,
cette nouvelle déclenchera l’écriture de La Fontaine pétrifiante
(The Affirmation en anglais, la traduction ne simplifie par les choses).
The
Affirmation est en fait une réponse à The Negation. Dans
la nouvelle, Dik abandonne son rêve de devenir écrivain et rentre
dans le rang. Il a nié cette potentialité en lui, et par ce refus,
il a anéanti une réalité probable dans laquelle il aurait
pu rejoindre l’autre camp pour écrire.
Dans le roman La Fontaine
pétrifiante, Peter Sinclair s’affirmera en tant qu’écrivain
: pour cela, il risquera puis perdra sa santé mentale. Il ne pourra plus
se dépêtrer de sa création, l’univers fictif et le réel
perdront pour lui la frontière qui les séparent tant il s’est investi
par l’écriture dans l’élaboration de la fiction.
La nouvelle
culte
La Cavité miraculeuse relève de la prouesse. Rien
que pour ce texte, il faut acheter ce recueil. Priest nous amène où
il veut jusqu’au moment crucial : le lecteur bloque, revient en arrière,
poursuit sa lecture en marmonnant contre la traduction ou les incohérences
de l’auteur, puis vient la compréhension… Le lecteur pantelant de
honte devant la mise en avant de ses préjugés et se confond en excuses
s’incline devant la traductrice et devant le nouvelliste pour ce tour de force.
Relations
humaines
Homosexualité, frigidité, voyeurisme, exhibitionnisme,
prostitution sont abordés avec simplicité et pertinence. Parfois
par le biais d’un rêve éveillé ou d’un texte choc, Priest
nous montre que les relations sexuelles sont avant tout des relations. Pour savourer
pleinement cet ensemble, il faut accepter de se réveiller parfois avant
la fin du rêve ou de laisser des zones d’ombres inexpliquées ou inexplorées.
Une
œuvre de toute beauté
Tout en étant définitivement
Priestien, L’Archipel du rêve peut être comparé à
Vermilion Sands de Ballard. Peu de recueils laissent une trace indélébile
dès la première lecture et possèdent assez de profondeur
pour en nécessiter plusieurs. Il constitue une très bonne introduction
à l’univers de l’auteur, une alternative au classique Monde Inverti.
"
L’œuvre, par bien des côtés profonde et difficile, était
peu connue, peu discutée. " nous dit-on dans une des nouvelles
de ce recueil. Celle de Priest, grâce au travail de Denoël et de Folio
SF est en passe de devenir totalement disponible, du bonheur en perspective pour
les Priestiens convaincus et à venir !







