de Hugo Pratt et Alberto Ongaro
aux éditions Casterman ,
collection Ecritures
Scénariste :
Alberto Ongaro
Dessinateur :
Hugo Pratt
Couleurs :
Emilie Saada
Date de parution : mai 2004
Inédit
Langue d'origine : Italien
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 232
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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Réédition d’une BD mineure d’Hugo Pratt…
Décédé
en 1996 (bientôt dix ans !), Hugo Pratt reste aujourd’hui
encore un grand de la bande dessinée. La faute
en grande partie au beau Corto Maltese. Débutées
en 1967, les aventures de ce héros vont vite s’imposer
comme son œuvre majeure et connaître un véritable
engouement qui traversera les décennies. C’est
l’arbre qui cache la forêt. La vie d’Hugo Pratt
en bande dessinée a commencé bien avant.
Né en 1927 en Italie, il se passionne rapidement
pour le cinéma et la BD américaine. Il
tentera d’ailleurs d’imiter les comics en créant
un groupe de dessinateurs et de scénaristes basés
à Venise après la guerre puis en Argentine
à partir de 1949 à l’invitation d’un éditeur.
L’aventure pour Pratt s’achèvera en 1962, année
de son retour en Italie. Deux ans plus tard, il crée
le personnage de l’Ombre avec son ami Alberto Ongaro.
L’idée des deux hommes semble plutôt simple
au départ : imaginer les aventures d’un héros
s’opposant à un génie du mal : Le Général.
L’Ombre vivra le temps de quelques aventures plutôt
complexes où il devra déjouer les plans
machiavéliques de son ennemi. Il laissera ensuite
la place à Corto Maltese. La suite n’est qu’un
long enchaînement d’albums, de collaborations
et de succès pour Pratt. On citera notamment
pour mémoire l’album en collaboration avec Manara
: Un Eté indien.
Un héros balaise et un
super méchant.
Lorsqu’il quitte son masque, l’Ombre est un professeur
de faculté plutôt tranquille. Mais en dehors
des heures de cours, c’est un enquêteur hors norme,
intelligent, vif, courageux et souple comme un acrobate.
Pour faire face aux engins mécaniques du Général,
il peut s’appuyer sur son collègue et ami Wu
et sur sa panthère. Mais surtout il possède
un pistolet un peu spécial qui diffuse un gaz
provoquant la peur. Une arme redoutable contre les bandits
les plus aguerris. Une arme surtout bien utile face
aux hommes du Général. Lui n’hésite
pas à tuer pour parvenir à ses objectifs,
essentiellement financiers. Et il a avec lui une armée
de jouets mécaniques plus ou moins gros, tous
plus kitchs les uns que les autres, qu’il télécommande
à distance. Autant dire que la tâche s’annonce
rude pour l’Ombre.
Pour
les fans.
Ecrit et dessiné au milieu des années
60, L’Ombre était à l’époque
un héros plutôt novateur. S’il fallait
faire des comparaisons, il se situerait aujourd’hui
entre Batman et James Bond. Rendant hommage aux comics
américains, la série s’appuyait également
sur toutes sortes de monstres mécaniques issus
de l’imagination délirante du savant fou qu’était
le Général. La tâche du héros
était donc doublement difficile. D’une part, il
fallait jouer les plans mafieux de son ennemi, et d’autre
part, il fallait comprendre ses inventions pour mieux
agir contre elle. Le résultat de ce constat réside
dans des intrigues plutôt complexes bien servies
par un dessin de Pratt possédant de nombreuses
qualités. A ce titre certaines planches sont
très réussies, le dessinateur italien
jouant à merveille avec les ombres et les encres
pour un rendu en noir et blanc. Même si, il faut
bien l’avouer, le trait n’est pas encore tout à
fait celui qui a rendu Corto Maltese si célèbre.
Seulement voilà, 50 ans ont passé depuis
les débuts de L’Ombre sur papier. 50 ans
de super-héros qui ont inondé les librairies.
Cette Ombre a-t-elle donc encore de l’intérêt
pour les lecteurs en 2004 ? Voilà qui n’est pas
si sûr. L’œuvre est véritablement
datée et a perdu au fil des ans son originalité,
battue en brèche par le cinéma, les comics
et la BD européenne. Difficile de ne pas lui
trouver dans ces conditions des relents de déjà
vu. Ce n’est pas que L’Ombre ne nous soit pas sympathique
ou que ses intrigues ne soient pas bien imaginées.
C’est simplement qu’il est aujourd’hui un super-héros
parmi tant d’autres, presque un anonyme dans le club
désormais très large des justiciers. Reste
seulement un rien de charme et de nostalgie à
cette série, bien servie par le noir et blanc.
Au final, on la recommandera essentiellement aux aficionados
de Pratt, à titre de document.







