de Jacques Ferrandez et Tonino Benacquista
aux éditions Casterman
Sous-genres :
- Polar
Scénariste :
Tonino Benacquista
Dessinateur :
Jacques Ferrandez
Couleurs :
Jacques Ferrandez
Date de parution : juin 2003
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 64
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
Parution en vo : janvier 1998
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A dévorer sans scrupules
Après
avoir essayé différentes carrières, pour la plupart très
alimentaires (et qui viendront par la suite nourrir son inspiration de romancier),
Tonino Benacquista s’est lancé dans la littérature en 1985. Il a
souvent pris une trame policière comme toile de fond pour ses récits
mais il s’amuse à détourner les ficelles du genre tout comme il
aime à parodier les titres : ainsi sa Commedia des ratés
ou encore Tout à l’ego. Sa notoriété va grandissante
puisqu’il commence enfin à être récompensé d’abord
pour Saga puis pour Quelqu’un d’autre. Très doué pour
introduire subrepticement l’exceptionnel, l’extrême dans un cadre réaliste,
il signe avec L’Outremangeur son premier scénario de BD.
Ferrandez sait saisir dans ses dessins les particularismes des paysages et des
ambiances. Il a débuté chez Casterman par des histoires provençales
et après un détour sous d’autres horizons via ses Carnets d’Orient,
il est revenu à ses premières marques méridionales en adaptant
l’univers de Pagnol dans son cycle L’Eau des collines.
Les deux
hommes se connaissent bien : Ferrandez a d’ailleurs prêté, par jeu,
au héros les traits de Benacquista (en forçant sur la silhouette)
et au détour d’une planche, il transforme le nom de son complice en une
enseigne de magasin. Deux ans après L’Outremangeur, ils récidivent
dans la collaboration autour de l’album La Boîte noire aux Editions
Futuropolis-Gallimard.
Des troubles du comportement alimentaire au
comportement trouble
Richard Séléna, bien que reconnu
dans son poste de commissaire, est mal dans sa peau. Sa boulimie lui a valu d’atteindre
160 kilos, réduisant à néant sa vie sociale et à un
ou deux ans son espérance de vie. Quand un patron de PME est sauvagement
assassiné, Séléna croit tenir sa chance. Il détourne
les preuves qui pourraient accabler Elsa, la nièce orpheline de la victime,
qui a malencontreusement laissé un cheveu sur les lieux du crime. En échange
de cette malversation, il exige de la jeune fille un rendez-vous quotidien pour
le dîner. Sous les yeux d’Elsa, la métamorphose de l’outremangeur
peut commencer. Parviendra-t-il à perdre ses kilos en trop et à
se débarrasser du lourd fardeau de la culpabilité ?
Sobre,
essentielle, exceptionnelle
L’Outremangeur est une BD exceptionnelle.
Sa sobriété sert parfaitement son propos. La narration et l’illustration
vont à l’essentiel. Parfois les planches revêtent un caractère
symbolique tant elles illustrent parfaitement une condition ou une situation.
C’est le cas de celle qui a été reprise pour la couverture : la
détresse et la solitude de cet homme obèse sur un banc entouré
de pigeons sont palpables. Avec un art rare de l’ellipse, la narration suit la
transformation du personnage. Si ce parcours est plutôt optimiste, l’histoire
ne sombre jamais dans le sentimentalisme. Le dessin est minutieux et réaliste
: on reconnaît facilement les lieux qui ont servi de modèle au décor.
Les teintes, souvent sombres, transcrivent le huis-clos, les enfermements dans
lesquels se dépêtrent tour à tour les personnages. Une BD
qu’on dévore à la première lecture, notre curiosité
étant mise en appétit par la noce subtile de tous ces éléments,
puis qu’on le relit avec gourmandise pour mieux la savourer.







