de Régis Loisel et Serge Le Tendre
aux éditions Dargaud
Scénariste :
Serge Le Tendre
Dessinateur :
Régis Loisel
Couleurs :
Yves Lencot
Date de parution : janvier 1998
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga
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Un mythe en devenir
Serge Le Tendre et Régis Loisel se sont connus sur les bancs de
la fac de dessin de Vincennes où ils ont notamment reçu les enseignements
de Mézières ou de Giraud (alias Moebius). Dès 1975, leur
collaboration les entraîne dans la réalisation (d’abord quelques
planches en noir et blanc) d’un scénario initié par Le Tendre et
où de véritables anti-héros d’heroic-fantasy (à l’humanité
franche et sensible) s’engagent dans La Quête de l’oiseau du temps.
Mais cette série va véritablement naître en 1982 auprès
du public, lors, tout d’abord, de sa publication par épisodes de six planches
dans le mensuel de BD : Charlie. Le succès est immédiat et au moment
de la publication de l’album quelques mois plus tard, les librairies pressent
les réimpressions auprès de Dargaud. Aujourd’hui, ce succès
ne s’est pas démenti, et après quatre tomes de La Quête
(La Conque de Ramor, Le Temple de l’oubli, Le Rige et L’Oeuf
des ténèbres), les auteurs se sont lancés en 1998 dans
un nouveau cycle narrant la jeunesse des héros de La Quête
dont le premier tome (L’Ami Javin) a été dessiné par
Lidwine. Retour sur vingt ans de succès d’édition et d’inspiration
de la fantasy française.
"Ramor oublié dans les
méandres de la conque demeura"
Cela fait bien longtemps
que le célèbre guerrier Bragon s’est retiré dans le calme
de la retraite de sa tour. De là-haut, seul parvient encore le fracas des
armes que Bragon agite pour étayer les histoires qu’il conte désormais
aux enfants. Pourtant, le danger guette le monde d’Akbar : le terrible Ramor,
emprisonné par les Dieux au sein d’une conque mythique voit l’heure de
sa délivrance proche. Or, les dieux ont déserté ce monde,
et la libération de Ramor signifierait l’anéantissement d’Akbar
tout entier. Il reste huit jours, huit petits jours à Bragon pour empêcher
ce funeste destin. Pour ce faire, le guerrier doit retrouver la conque où
Ramor guette patiemment son heure.
Mais Bragon ne partira pas seul dans
cette aventure : Pélisse, une jeune aventurière plantureuse, qui
se présente comme la fille de Bragon et de la sorcière Mara, se
joint à son périple, de même qu’un curieux inconnu anonyme.
Leur concours ne sera pas de trop pour récupérer la conque, désormais
propriété du terrible prince-sorcier Shan-Thung et de ses sbires
parmi lesquels le redouté Bulrog, ancien élève de Bragon
lui-même. Et c’est dans une folle poursuite que s’achèvera ce premier
épisode de La Quête de l’oiseau du temps.
Ah cette
fougueuse jeunesse !
Le succès fulgurant de La Quête
de l’oiseau du temps tient sans doute à l’osmose entre ses auteurs.
En balançant dans le paysage de la BD une aventure aussi décalée
dans le ton et aussi personnelle dans le trait, Le Tendre et Loisel on su s’imposer
en véritables maîtres de leur sujet dès leur premier album.
La plus grande réussite de ce volume tient à mon sens en la qualité
de son trio de personnages principaux : Bragon, vieux guerrier sur lequel l’aventure
revenue agit comme une jouvence, Pélisse, scandaleusement pulpeuse et enfantine
à la fois, et messire l’inconnu, sur qui les hormones mâles agissent
en perpétuel frein à sa couardise. Il y a de la jeunesse dans La
Conque de Ramor : dans les personnages et dans l’énergie qui les anime,
mais il y en a aussi dans le trait et le scénario. Une sorte de frénésie
d’action anime ses pages de bout en bout et on ne repose La Conque de Ramor
que le souffle court, l’endurance éprouvée.
A ce stade de
l’aventure, le trait de Loisel est encore un peu brumeux, indécis ; parfois
il en rajoute des tonnes, parfois il tend à un pointillisme auquel je n’adhère
que mollement. Bref, en 1983, Loisel est encore un dessinateur qui expérimente
plus qu’il n’asseoit et, même s’il rejette la notion de style, on peut reconnaître
que son dessin n’a pas encore atteint la régularité qu’on lui connait
aujourd’hui. Le visage de Pélisse notamment, souffre beaucoup d’une planche
à l’autre. La lourdeur du trait de ce premier épisode est justifiée
par l’emploi, à l’époque, d’un archaïque stylo plume dont Loisel
remplissait les cartouches d’encre de chine à la seringue ! Il n’empêche
: sans être graphiquement emballant, cet album pose les bases d’un génie
graphique en devenir. D’ailleurs, le travail sur les couleurs de La Conque
de Ramor a souvent été considéré comme exemplaire.
A vrai dire, le charme de relire aujourd’hui La Quête de l’oiseau du
temps, copiée et même spoliée au cours de ces vingt années,
tient aussi à l’analyse de l’évolution du travail graphique de Loisel.
Voilà pour l’analyse, mais reconnaissons-le : c’est avant tout du bonheur.







