de Trudi Canavan
aux éditions Bragelonne
Sous-genres :
- Light fantasy
Auteurs :
Trudi Canavan
Couverture :
Stéphane Collignon
Traduction :
Justine Niogret
Date de parution : mai 2007
Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 366
Titre en vo : The Magicians’ Guild
Cycle en vo : The Black Magician Trilogy
Parution en vo : 2001
Lire tous les articles concernant Trudi Canavan
La Fantasy urbaine à l’australienne
Purge de trop
Sonea est une jeune pouilleuse d’Imardin. Conséquence des derniers édits royaux, l’orpheline et ses tuteurs sont chassés du centre-ville où ils habitent et se retrouvent à chercher un logement dans le "cercle extérieur", les quartiers pauvres hors-les-murs. L’occasion pour la jeune fille de retrouver ses amis d’enfance, des graines de petites canailles, des "traîne-ruisseau". Elle est avec eux lorsque commence la Purge annuelle, qui voit les magiciens de la puissante Guilde débarquer afin de nettoyer la cité de tout ce qu’elle compte de mendiants et de pauvres. Ulcérée, révoltée par l’attitude dédaigneuse des gens de magie (issus des Maisons les plus prestigieuses du royaume), Sonea se joint à ses compagnons quand il s’agit de leur lancer des projectiles divers. Action au demeurant agréable mais inutile, et pour cause : les mages, protégés par leurs pouvoirs, ne prètent aucune attention à ces signes d’hostilité. Sauf que la pierre de Sonea traversera le bouclier magique de l’un d’eux et atteindra sa cible, révélant le potentiel magique de l’adolescente…
L’incident déchaîne les passions, et la course-poursuite commence alors : il s’agit pour les mages de retrouver la source de cette magie qu’ils n’ont pu identifier que de manière très fugace, et qui peut s’avérer très dangereuse pour tous si elle n’est pas contrôlée. Pour Sonea, c’est d’une fuite pour sa vie qu’il s’agit.
Un cadre original et bien traité
Le monde créé par l’auteur, et plus précisément le royaume de Kyralie où se situe l’action, détone par rapport aux normes habituelles de la fantasy : le récit est urbain avant tout, et le cadre évoque plutôt la Renaissance que le Moyen-Age. Pas de seigneurs de la guerre, de chevaliers errants, pas de prélats dévoyés, la problématique est traitée de manière plus moderne. Avant même l’intrigue proprement dite, c’est le problème de la fracture sociale au sein des villes qui ressort. D’un côté, l’élite lettrée et humaniste (au sens Renaissance du terme), moins philanthrope qu’avide de connaissances en tous genres, de l’urbanisme à la médecine. Une élite de robe divisée en deux groupes (aristocratie / magiciens) aux relations étroites définies par un tissu politique élaboré. En perspective, une histoire complète faite d’évènements lointains : une toile de fond expliquant certaines références non explicitées dans le livre et qui, au passage, laissent une dose bienvenue d’incertitude et de mystère.
De l’autre côté, des classes populaires dédaignées, des Misérables en puissance victimes de la cristallisation d’une société de castes, écrasés et méprisés ; un groupe au quotidien précaire, où couve la révolte. Le tout est écrit en un style assez fin et tout en suggestion. Trudi Canavan manie bien les atmosphères et réussit à suggérer des ambiances particulières, se référant implicitement à des éléments de la mémoire collective qu’elle intègre dans le cadre de son livre. On pense aisément, au fil des pages, aux ghettos et autres favellas, au style mussolinien pour l’extérieur des "Sept voutes", on imagine bien une décoration Empire ou victorienne à l’intérieur du salon des mages…
J’en tirerai une remarque qui peut tenir à la fois de la critique et du compliment , selon les personnes et les moments : on n’a parfois même pas de sentiment de dépaysement.
Très bien, mais parfois vous en faites trop, Trudi !
Pour l’intrigue, l’auteur joue malicieusement de l’alternance des points de vue, en se concentrant tour à tour sur l’héroïne et sur le mage Rothen, chargé de la traque. Elle démontre ainsi efficacement les dangers de la fracture sociale et des quiproquos et a priori réciproques qu’elle engendre. Le même relativisme préside à l’identification des "gentils" et des "méchants", même au sein de la Guilde.
Tout cela forme un ensemble très facile à lire, avec des enchaînements fluides et une imagerie parfaitement adaptée aux références modernes. Pour autant, le modernisme de style va parfois vraiment loin, peut-être trop. Par exemple, on s’embourbe dans les descriptions des activités des Guérisseurs, où on a carrément l’impression de rentrer dans un hôpital moderne : la jonction entre science et magie est dans ce cas un peu hasardeuse. On a de même parfois la sensation de lire la description d’un campus universitaire à l’américaine ! Sur la forme de son monde, encore, Canavan ne va pas jusqu’à s’affranchir de l’éternelle délimitation du territoire étudié par des frontières naturelles (mers, montagnes), et sombre – selon moi– dans la facilité avec sa ville toute ronde, sans temple ni église. L’absence de toute religion ôte d’ailleurs de la cohérence à l’ensemble du modèle social de Imardin. A mon sens, sa société sans religion apparente se rapproche un peu trop de la sécularisation occidentale actuelle pour être probante dans un cadre pseudo-historique : je ne connaîs pas personnellement de civilisation humaine passée ou même présente sans religion (ou philosophie religieuse) significativement influente...
Un bon début
Du coup, le livre laisse une impression mitigée. Il est très bon en première lecture, avec un concept relativement novateur, intéressant, et un style très simple, concis, entraînant et au final très agréable à lire. Mais on en retient aussi une impression polissée et gentille, et un modernisme parfois un peu outrancier, qui pourrait cacher un cadre pas toujours assez recherché. Heureusement cet aspect "tout-le-monde-il-est-gentil" peut toujours être atténué par la suite, avec la révélation du vrai méchant de l’histoire… A suivre donc en novembre prochain pour le deuxième tome.







