de Kevin Crossley-Holland
aux éditions Hachette ,
collection Le Livre de Poche Jeunesse
Auteurs :
Kevin Crossley-Holland
Couverture :
François Roca
Traduction :
Michelle-Viviane Tran Van Khai
Date de parution : avril 2004
Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 604
Age minimum : 10 ans
Titre en vo : 1
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Largement au niveau !
On
peut tout craindre d’un livre qui s’appelle Arthur et La Pierre Prophétique.
Quelques parents avisés et légèrement "intellos" pourraient
commencer à râler contre la déformation du mythe, et le premier
pas vers une habitude littéraire que les ados fans de S-F prennent rapidement
: achat de livres dont le titre comprend les mots "prophétie",
"tour", "malédiction" ou "guerrier", fuite
dans des mondes où les héros ne touchent jamais le rêve du
bout des doigts.
Quelques irréductibles, comme moi, craignent la
vulgarisation massive d’un mythe dont on tente de préserver l’histoire,
pour la bonne raison qu’elle se suffit à elle-même... Non, nous n’avons
pas envie que Guenièvre devienne l’arrière-petite-fille du
cousin par alliance de la grand-mère de Lancelot, ni qu’Arthur se
voit doté d’oreilles elfiques, ni que Merlin reprenne les chemins
hollywoodiens juché sur un surf... Oui, nous voulons des histoires nouvelles
et amusantes, oniriques et originales...
Kevin Crossley-Holland rassure
ses lecteurs dès la première page : il s’est forgé une culture
médiévale grâce à sa belle-mère, médiéviste
reconnue*. Nous ne sommes pas dans l’interprétation mystique, ésotérique
d’une histoire que tant d’auteurs ont tenté de s’approprier. Le cycle
contient deux autres tomes : A la croisée des chemins et
Un Croisé à Venise.
Ma place sur
le domaine
Arthur a presque treize ans, en cette année
1199. Il vit sur le domaine de son père, Jean de Caldicot et suit les entraînements
destinés aux écuyers. Son avenir, cependant, lui paraiît encore flou
: son père n’a pas encore décidé ce qu’il fera de lui. Arthur
vit donc au jour le jour, s’initiant au combat, à la compassion, à
la mort et à la justice, quotidiens et presque insignifiants. Un jour,
Merlin, le vieil ermite de la colline, lui donne une pierre d’obsidienne, dans
laquelle il finit par voir les aventures d’un autre Arthur, fils bâtard
d’Uther Pendragon et destiné à devenir roi d’Angleterre...
Une enfance au Moyen-Âge
On suit avec une passion
grandissante le quotidien de ce fils de nobles anglais, dans une campagne où
les futurs chevaliers sont élevés avec les petits paysans qu’ils
possèderont plus tard. La mort d’un petit frère, l’injustice de
la naissance, la subtilité du commandement et les fêtes chrétiennes
tracent le destin d’Arthur, un enfant qui n’a jamais trouvé sa place au
sein d’une famille à moitié galloise.
Les chapitres de
ce roman sont courts et rythmés. La lecture des trois tomes de près
de 600 pages paraît donc moins difficile (on craint toujours que les jeunes lecteurs
soient rebutés par la longueur d’un cycle). Bien qu’on garde à l’esprit la promesse fantastique du récit, on ne peut s’empêcher de
se laisser porter par les menus tracas quotidiens de ce petit garçon, en
attendant le moment où la légende prendra le pas sur la réalité.
L’auteur, prudent, dépeint un Moyen-Âge léger, dont on découvre
la société petit à petit et dans lequel on se plonge, non
pas en attendant l’aventure, mais avec un réel intérêt.
Arthur est un enfant de son temps, occupé à survivre, à
s’élever, à comprendre sa place. Son initiation suppose un adulte
juste et noble en devenir. Comme tous les enfants de l’époque, il commence
à prendre de l’importance parce qu’il grandit. En attendant, il n’est qu’un
adulte miniature dont on redoute la mort prématurée. Cet éveil
au monde a été retranscrit avec subtilité, en touches de
couleurs, d’émotions, en anecdotes marquantes, insignifiantes, charnières...
Le rythme du récit étonne, donc, et éblouit. Le mélange
des genres (roman historique et fantasy au sens large du terme) ravira un jeune
lecteur avide de connaissances sur la vie du Moyen-Âge et enclin au rêve
Arthurien. Les éléments fantastiques arrivent tard dans le récit
mais donnent lieu à des rebondissements savoureux dont il est préférable
de taire la teneur...
Un roman original
On pourrait presque dire que ce roman est le premier du
genre, car il n’entrelace pas merveilleux et réalité
dans l’action : le monde Arthurien est une fenêtre
d’obsidienne qui permet à l’enfant de connaître
et de comprendre, par résonance, son propre parcours
et son propre destin. Il aurait pu le découvrir
par un livre et c’est ce jeu de projection (le lecteur
dans la vie d’Arthur, Arthur dans celle de son homonyme...)
qui séduit en fin de compte. Les adultes passeront
sans doute un bon moment et les 10/14 ans s’attacheront
sans réticence à ce petit Arthur dont les
craintes et les malheurs posent très sérieusement
la question de l’initiation sociale et du destin.







