de Amaury Bouillez et Eric Corbeyran
aux éditions Delcourt ,
collection Conquistador
Sous-genres :
- Steampunk
Scénariste :
Eric Corbeyran
Dessinateur :
Amaury Bouillez
Couleurs :
Amaury Bouillez
Date de parution : août 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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Une tragi-comédie steampunk
C’est
avec Le Chant des Stryges (dessiné
par Guérineau) que Corbeyran s’est imposé
comme un scénariste de BD de premier plan. Auteur
polymorphe, il a su développer le concept initial
et le décliner en séries parallèles : Le Clan des Chimères (dessiné
par Suro), Le Maître de jeu (dessiné
par Charlet), qui rencontrent elles aussi un vif succès.
Mais sa renommée a été largement
dopée par le succès du Régulateur
(dessiné par Moreno), une série steampunk
éblouissante. Prolifique comme à son habitude,
Corbeyran continue d’exploiter le courant (désormais
’in’) du steampunk avec PEST, une nouvelle
série prévue en deux tomes. Aux sombres
calculs de Nyx le régulateur, Corbeyran a cette
fois préféré la candeur romantique
d’un certain Abélard. Une histoire au diapason
avec le graphisme de la série, confié
à Amaury Bouillez. Le couple d’auteurs n’en est
pas à son coup d’essai puisqu’ils ont déjà
commis Le Phalanstère du Bout du Monde.
Un duo ’qui vaut des points’* en somme, et dont on se
réjouit qu’il récidive.
"Cest
que... Je ne suis pas un expert mais... N’allons nous pas nous tripatouiller sans
retenue au cours de nos imminents ébats ?"
Dix
ans que la PEST fait des ravages à Spleen City.
Dix longues années que la cité sur pilotis
s’est retrouvée isolée, baignant dans
ces eaux dont l’insalubrité même serait
la cause de la maladie qui décime le population.
Afin de protéger la populace, les plus hautes
autorités scientifiques, politiques et religieuses
veillent au grain : cantonnement des individus contaminés
dans des fosses d’épuration, traque sans merci
des contrevenants aux lois censées freiner l’épidémie,
culture d’une foi en des jours meilleurs, d’un salut
imminent cloué dans les cervelles et entretenu
à grands renforts de brebis galeuses et de boucs
émissaires...
Mais
cet équilibire est fragile, et la patience des
citoyens a des limites. Des limites qui pourraient être
mises à mal si d’aventure le constat que les
eaux qui environnent la ville ne présentent plus
de risque de pollution devait être ébruité.
Aucun risque a priori : seuls les bons patriarches de
la cité sont au courant, et le secret pourraît
être bien gardé s’il n’était aussi
partagé par un certain Abélard Tournemine,
technicien sans envergure au service de la qualité
de l’eau et poète à ses heures. L’existence
d’Abélard va alors opérer un virage à
180° : amant presque malgré lui de la belle
Héloïse, épouse du Dr. Kilojoule,
le maître à penser de la médecine
locale, Abélard va découvrir dans quelle
ignorance la ville est maintenue afin de satisfaire
les projets immobiliers de quelques notables corrompus...
Voilà que l’innocent technicien devient un véritable
gêneur qu’il faut éliminer. Mais lui-même
a des projets, à commencer par la libération
de ses parents et des autres pestiférés
maintenus en captivité.
Plein
les mirettes
Ce
PEST, y’a pas à dire, c’est
de la belle ouvrage. Graphiquement d’abord, parce que
ne rien dire sur le dessin serait une honte. Les décors
baroques évoquent un monde de ferroniers, à
cheval entre La Cité des enfants perdus
et L’Etrange Noël de Monsieur Jack.
Les personnages : des têtes d’ampoules attifées
à la mode Brigades du tigre,
ne déparent nullement dans cet environnement,
et tout est extrêmement convaincant, jusqu’au
travail sur le nez de chacun des protagonistes, jusqu’au
moindre détail (et ils sont nombreux) qui émaillent
chaque case. La gamme de couleurs est elle aussi très
convaincante : du vert "Swamp Thing" décliné
dans tous les tons, de la cerise et de la framboise
écrasée, pris en étau dans le gris
mat d’un monde de métal à l’agonie.
Tout
dans le dessin nous évoque un monde dont le biologique
est absent, restreint à ces quelques humains
de Spleen City au teint blafard. Parlons-en de ces humains : à l’exception d’Abélard et Héloïse,
deux créatures de chair et de sang, les autres
personnages ont quelque chose de mécanique soit
dans le regard, soit dans l’ostensible outillage qui
vient prolonger leur corps. Pour le reste, cherchez
donc : pas un oiseau, pas un chien dans les rues, jusqu’aux
arbres dont l’écorce fait penser à une
forme de minéral, à un tronc fait pour
durer -pas une future étagère de chez
IKEA-, un prolongement biscornu, dressé vers
le ciel, du sol caillouteux, et sans une feuille dessus.
Résolument,
j’adore. Positivement. Tout cela est foisonnant ; les
lignes se rencontrent et se bousculent dans un joyeux
fatras métallique. Quand, au hasard des cases,
cet univers fin et aigu se décline en ombres
chinoises, cela ne fait qu’exacerber son acuité,
le travail d’orfèvre de Bouillez.
Les
clins d’oeil adressés aux autres séries
de Corbeyran (Le Chant des Stryges,
Le Maître de jeu, etc...) se
lisent partout : sur les vitrines, les cartes de visite.
Ainsi "l’exo-détecteur" chargé
de mettre la main sur Abélard empreinte au Régulateur
le nom évocateur de Nyx... Pour le reste du scénario,
pas de surprise : Corbeyran n’est jamais aussi précis,
aussi bon que lorsqu’il fait court. Son texte, drôle
et affuté, tape juste à tous les coups,
écrasant sous sa semelle les complots politico-scientifico-religieux
qui pourrissent une société dont le meilleur
entretien est l’ignorance. De la belle ouvrage je vous
disais, de la belle ouvrage...







