de Emmanuel Moynot et Jean-Luc Cornette
aux éditions Glénat ,
collection Grafica
Sous-genres :
- Contes
Scénariste :
Jean-Luc Cornette
Dessinateur :
Emmanuel Moynot
Couleurs :
Emmanuel Moynot
Date de parution : janvier 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
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Une bande dessinée qui traite de problèmes contemporains de manière surréaliste
Jean-Luc
Cornette, auteur belge né en 1966, débute dans la bande dessinée
en publiant ses premières planches dans Tintin reporter. Dessinateur
et scénariste, il est tout d’abord coloriste pour Cossu, Foerster ou Taymans.
Puis en 1995, il publie la série Les Enfants terribles chez Casterman
dont le premier tome, Maxime Maximum, reçoit deux prix, le Prix
du Lion et celui de la Ligue de l’Enseignement. A l’aise dans l’écriture
pour enfants, il réalise plusieurs ouvrages dont Robert avec Hanzé
au dessin. Depuis quelques temps, il se tourne vers une bande dessinée
plus adulte avec des albums comme Visite guidée (Les Humanoïdes
Associés) qui met en scène les peintres Van Gogh, Munch et Gauguin
ou Red River Hotel (Glénat). Emmanuel Moynot commence par dessiner
pour des fanzines avant d’avoir l’opportunité de publier en 1983 sa première
bande dessinée, L’Enfer du Jour, chez Glénat, repris depuis
par Delcourt. Il rencontre Dieter, le scénariste d’Amenophis IV (Delcourt)
avec lequel il réalise l’album Bonne fête Maman (Casterman),
avant d’enchaîner avec la série Vieux Fou ! (Delcourt). Suivent
d’autres albums qu’il mène seul avant de retrouver Dieter pour le remarqué
Monsieur Khol (Glénat), un one shot qui tranche avec l’humour noir
de leurs précédentes collaborations. Chaque nouvel album de Moynot
parvient à surprendre le lecteur, et ce dernier ne déroge pas.
Comment
un trop empressant nouvel ami parvient-il à semer le bordel dans la vie
d’un homme névrotique en faisant resurgir ses vieux démons
Charles
Ha est un biologiste spécialisé dans les plantes carnivores. Son
travail est sa seule passion depuis que sa femme, Juliette, l’a quitté.
Ses relations sentimentales ressemblent à un champ de ruines, il est tellement
seul qu’il se prend d’affection pour une mouche qu’il prénomme Audrey,
en hommage à Audrey Hepburn. Il voit une ressemblance entre les yeux globuleux
de la bestiole et ceux de l’actrice. C’est dire son degré de solitude.
Un soir, il accepte d’aller à un vernissage et y rencontre un étrange
personnage, Aimé Varangéant, un homme à tête de serpent.
Il l’engage comme assistant et partent tous les deux dans les Alpes à la
recherche d’une plante carnivore, un drosera géant capable de bouffer la
moitié d’un lézard. Dès lors, Varangéant n’aura de
cesse de s’immiscer dans la vie privée de notre biologiste, le poussant
à avouer le désir qu’il a encore pour Juliette.
Un album
qui plaira avant tout aux amateurs de curiosité
Déconcertant
et insolite, ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit après
avoir refermé cette bande dessinée. D’abord chronique contemporaine,
tranche de vie banale, le récit se transforme en petit conte surréaliste
et érotique. Il devient naturel de voir se balader au fil des pages le
personnage d’Aimé Varangéant, un homme à tête de lézard.
Ce personnage force Charles Ha, notre biologiste spécialiste des plantes
carnivores, à se remémorer ses instants avec Juliette, n’hésitant
pas à s’immiscer dans sa vie intime, à poser des questions indiscrètes
et tendancieuses. Qui peut-il bien être ? Un simple voyeur qui jouit de
la vie des autres ? L’inconscient de Charles Ha qui se matérialise ? Le
désir envahissant de Juliette qui prend forme ? Impossible de savoir. Une
chose est sûre chaque fois que l’ex-femme est évoquée de manière
sexuelle Varangéant n’est pas loin. Même le père de Charles
qui ose de douteuses remarques sur l’ex de son fils se transforme en énorme
lézard.
La sexualité et le désir est au cur
de ce premier tome. Le titre en lui-même est évocateur, qu’est-ce
que le drosera sinon la métaphore du sexe féminin ? L’on voit réapparaître
alors le motif de la " vagina dentata ", le vagin denté, qui
terrifie la gent masculine. Et que dire du nom de celui qui fait office d’exorciseur
de vieux démons : Aimé Varangéant. Avec une légèreté
tout à propos, le scénariste s’en donne à cur joie
dans les dialogues et montre la naïveté de Charles, seul homme du
récit à ne pas être d’une lourdeur, d’un machisme, d’une vulgarité
et d’un crétinisme absolus. Les autres sont d’une grossièreté
sans bornes lorsqu’il s’agit d’évoquer les femmes ou les relations sexuelles,
lui est plus gauche, plus timide. Ce manque de confiance en lui permet aux autres
personnages masculins de le tourmenter sans cesse avec une histoire normalement
digérée, sans qu’il parvienne à réagir efficacement.
Du côté des filles, ce n’est guère mieux, elles font preuve
d’une hardiesse et d’une nymphomanie peu communes. Le péché mignon
de Charles était de mater Juliette aux toilettes et de la prendre en photo
dans cet endroit, chacun son truc, mais tout se complique lorsqu’il se retrouve
à son corps défendant en train de faire la même chose avec
de jolies jeunes femmes à peine rencontrées. Tout le ramène
à ce vieux démon des amours anciennes.
Vous l’aurez compris,
les auteurs offrent un petit conte cruel et drôle teinté d’érotisme
et le trait gentiment moqueur de Moynot se fait l’écho du récit
de Cornette. Seul le lecteur qui voit les personnages, à commencer par
Aimé Vanrangéant, sous leur vrai jour, est conscient que les auteurs
ont décidé de faire vivre un enfer à Charles Ha, et cela
va durer sur encore deux albums. On lui souhaite beaucoup de courage pour cette
psychanalyse de choc. Il est certain que cette série n’est pas à
mettre entre toutes les mains. Ceux qui ne lisent de la bande dessinée
seulement comme un divertissement ne trouveront rien d’attrayant dans cette fable
moderne. Il séduira d’avantage les amateurs de curiosités graphiques
et scénaristiques.







