de Sylvain Guinebaud et Ange
aux éditions Soleil
Scénariste :
Ange
Dessinateur :
Sylvain Guinebaud
Couleurs :
Stéphane Paitreau
Date de parution : novembre 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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Un scénario étoffé pour une mise en couleurs à vau-l’eau.
C’est en train de devenir une nouvelle
tradition de la bande dessinée : les séries
dont la continuité n’est assurée que par
le scénariste, tandis que le dessinateur change
à chaque épisode. Largement diffusée
par la série des Donjons et
plus récemment par Monster Allergy,
ce mode de conception revêt un intérêt
évident pour les éditeurs : voici un moyen
de produire beaucoup, en peu de temps. Or, on le sait,
les dessinateurs sont d’un naturel flemmard, et les
lecteurs des gens boulimiques et versatiles... De quoi
assouvir l’appétit de la nouvelle faune qui achète
de la bande dessinée donc. Soit, pourvu qu’il
y ait du répondant du côté du dessin.
Or succéder à Alberto Varanda (qui a dessiné
le premier tome de La Geste des chevaliers-dragons)
n’est pas chose facile. Philippe Briones, avec les dons
d’animateur que l’on sait, s’en est tiré plus
qu’honorablement pour Akanah (La
Geste des chevaliers-dragons -2). Cette fois,
c’est à Sylvain Guinebaud qu’a été
offerte la charge du dessin pour Le Pays de
non-vie. Une succession difficile à
assumer, mais au vu du carnet de croquis disponible
à la fin du deuxième tome et de la splendide
couverture de ce troisième opus -qui donne bigrement
envie de voir ce qu’il y a à l’intérieur-
on pouvait a priori se frotter les mains...
Remarqué pour ses dessins dans Harkhanges
(scénarisé par Froideval), Sylvain Guinebaud
s’offre enfin pour sa deuxième BD une série
avec un scénario -un vrai- et l’inamovible Ange
aux manettes. Alors, parez pour une visite guidée ?
"On dit que rien ne repousse après
les soeurs de la vengeance"
Par leur simple présence, les dragons corrompent
tout : les plantes, les animaux, les corps et les esprits.
Aucun n’élément n’échappe aux effets
dévastateurs du veill, et la proximité
des dragons agit aussi bien sur la nature de vulgaires
caillloux qu’elle a tôt fait de transformer en
précieux cristaux. Une manne pour les "chasseurs
de veill" qui s’enrichissent en récoltant
ces joyaux. Pas de danger quand il s’agit de venir se
partager les restes d’un saurien tombé sous les
coups d’un chevalier-dragon, ou pire : des soeurs de
la vengance. Mais la profession peut aussi se révéler
des plus dangereuses quand on agit avec précipitation :
la concurrence aidant, les chasseurs de veill sont forcés
de prospecter au plus près des aires de dragons,
au risque de tomber sous leurs griffes.
Malgré son jeune âge, la petite Eléanor
se révèle une apprentie très douée
dans le métier. Rejetée par ses parents,
c’est auprès de son oncle Haïrin qu’elle
apprend le plus. Mais ce qui la fascine vraiment, c’est
la venue d’un chevalier-dragon dans la région.
Une venue qui laisse présager les pires ennuis,
car les membres de leur caste ne se déplacent
que lorsque des signes d’un dragon ont été
repérés. Sauf que dans le cas présent,
il s’agit d’une erreur : une forme de peste prise pour
une manifestation du veill. Mais lorsque Mara, le chevalier-dragon
s’apprête à repartir, elle découvre
que d’autres signes inquiétants proviennent de
la région des Crocs d’ébène. Une
région dans laquelle vient justement de s’échouer
la famille de la petite Eléanor...
"Le veill [...] je peux t’assurer que nous
sommes en plein dedans"
En nous présentant dans ce troisième
volet la jeunesse de Mara et l’enfance d’Eléanor,
Ange a décidé de tracer un pont avec l’épisode
précédent. Pour autant, la valeur de cet
épisode en tant de tome indépendant n’est
nullement sacrifiée. Ange manie toujours avec
brio le découpage scénaristique : si chaque
tome peut se lire indépendamment, la série
s’enrichit page après page, dans une espèce
de continuité émancipée de tout
ancrage chronologique. Après l’ordre des chevaliers-dragons
et les caprices du veill, l’auteur nous dévoile
cette fois une autre facette d’un monde perverti par
la présence des dragons avec son impact sur le
monde minéral. La solution ultime face aux dragons :
la stérilisation des terres par les soeurs de
la vengeance, vient également s’ajouter aux background
qui s’épanouit progressivement. L’originalité
du monde décliné ici ne faiblit donc pas,
bien au contraire, mais rebondit à la faveur
d’une éminence jusque là insignifiante,
à la façon typiqement rôlistique
d’Ange.
Du point de vue du dessin, mon sentiment est mitigé.
Le Pays du non-vie s’ouvre sur trois
planches magnifiques qui, sans le moindre phylactère,
nous révèlent beaucoup. Réciproquement,
Guinebaud peine à trouver une régularité
dans les traits des personnages féminins principaux
de son récit : Mara et Eléanor qui sont
sans doute les personnages les moins réussis
du volume. Cà et là, le dessin de Guinebaud
tire aussi franchement sur ses influence comics avec
des clichés dignes de Jones ou de Frazetta. Mais
en fin de compte, ce ne sont pas les qualités
et défauts du dessin qui marquent le plus à
la lecture de ce troisième tome, c’est plutôt
l’insupportable velouté des couleurs et des encrages
qui procure une sorte d’effet de flou et de douceur
à un propos qui ne mérite que le tranchant
d’une palette sans compromis. On a l’impression de regarder
Apocalypse now recolorisé version
La Vache et le prisonnier. C’est extrêmement
déplaisant et réussit à pervertir
le dessin, aussi bien que le veill pervertit le monde
imaginé par Ange. Une fausse note qui gâche
une partie du réel plaisir de la lecture de ce
Pays de non-vie heureusement sauvé
par un scénario comme toujours à la hauteur
(même s’il va falloir trouver rapidement une alternative
à la fin en "massacre de dragon").







