de Glenn Fabry et Milo Manara
aux éditions Delcourt ,
collection Contrebande
Sous-genres :
- Fantastique
Scénariste :
Neil Gaiman
Dessinateur :
Glenn Fabry
Date de parution : février 2004
Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 142
Titre en vo : 1
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Grandiose…
Après
La Saison des Brumes (Sandman – 4),
prix du meilleur scénario au festival d’Angoulême 2004, Delcourt publie le onzième
tome de Sandman (deuxième traduit en France), ce qui est une véritable
bénédiction, et ce pour deux raisons. La première est que la version anglaise,
au verbe si riche, est difficile à comprendre pour le lecteur lambda et la seconde,
c’est que je vais pouvoir arrêter de me lever la nuit pour caresser le premier
tome paru, mon préciiiiieuuuux…
Gaiman pousse à la fan attitude ; certains
ont pu être déçus par Stardust, fantasy gentillette et poétique, d’autres
par American Gods qui a marqué un véritable tournant dans son écriture,
après Neverwhere et Miroirs et fumées… Mais dans l’ensemble,
on reconnaît et on acclame. Et pour cause…
Sandman est sans doute
son œuvre la plus aboutie et la plus sombre ; Dream, le marchand de sable, évolue
dans un monde gothique, délirant et cruel. Celui des rêves. Sortir ce onzième
tome avant les autres (que l’on peut tous lire indépendamment) est une excellente
idée : il présente Dream et ses frères et sœurs, afin que le lecteur puisse entrer,
par la suite, dans leur intrigue d’arrière plan.
Les frères et sœurs
éternels
Death, Destiny, Despair, Delirium, Desire, Destruction… Les
frères et soeurs Eternels de Dream ont chacun leur hommage, sous le crayon de
sept illustrateurs différents. Toutes leurs histoires marquent et pour cause… Si
Gaiman maîtrise bien quelque chose, ce sont les symboles et les allégories. Spécialiste
des noms de héros significatifs (Porte de Neverwhere, Ombre d’American Gods…),
il lâche la subtilité du récit narratif pour entrer dans celle de l’image, que
sa carrière de scénariste a su si bien développer. Les pages consacrées à Despair
restent les plus étonnantes et les plus graphiquement exquises : quinze pages
dessins, collages, tableaux, expressions du désespoir… Quel auteur aurait pu illustrer
le mieux le désir que Manara ? Pour le grand public, en tous cas, personne…
Un trait pour un trait
Au-delà de ces deux épisodes marquants,
il faut reconnaître que Gaiman sait s’entourer ; tous les illustrateurs de ce
recueil sont des maîtres.
Parfois, il faut bien le dire, les mots précis manquent
au plaisir. Il y a chez Gaiman un au-delà que nous serions bien en peine d’exprimer.
Une utilisation des idées reçues et images classiques, une précision qui fait
du support graphique une ligne simplement parfaite. Entrer dans Sandman
correspond à un voyage périlleux ; être face à Gaiman, souvent, c’est être face
à l’indicible acceptable. L’insupportable hypernormal. Une réflexion à peine appuyée
sur l’homme et ses névroses, sublimée par l’héroïsme. Le destin. Gaiman est un
obsédé des portes, de la croisée des chemins. Il y a toujours, dans ses œuvres,
une frontière bien distincte entre la réalité et la fiction, que le lecteur traverse
non sans encombre. Dans Sandman, cette ligne devient aussi fine et coupante
qu’une lame… Une poésie désenchantée, également, et terriblement dans notre temps.
C’est là, sans aucun doute, son effet le plus efficace et ce qui justifie le grand
succès de la série.
Il y a effectivement, chez Gaiman, quelque chose de sauvage
et de raffiné, un marasme grouillant de peur et de violence derrière une porte
à un seul gond. Si vous ne vous êtes pas jetés sur ce tome 11, si vous n’avez
pas sauvagement agressé votre libraire parce qu’il ne l’avait pas encore reçu,
tous les espoirs sont permis… Vous êtes sans aucun doute civilisés… Mais pour combien
de temps ?







