de Ursula Le Guin
aux éditions L’Atalante ,
collection La Dentelle du Cygne
Sous-genres :
- Historique
Auteurs :
Ursula Le Guin
Couverture :
Larry Rostand
Traduction :
Mikaël Cabon
Date de parution : mars 2011
Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 416
Titre en vo : Powers
Cycle en vo : Annals of the Western Shore
Parution en vo : avril 2009
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Pouvoir des mots, pouvoir de la mémoire
Mémoire du passé, mémoire du futur
Enlevé très jeune dans les Marais, l’esclave Gavir, petit frère de Callo, coule des jours plutôt heureux avec sa soeur dans une des grandes familles étréennes. Apprécié pour ses facultés d’apprentissage et son excellente mémoire, il est chargé d’apprendre à lire et écrire aux autres enfants de la famille élargie (descendants et esclaves). Il se garde bien d’avouer à ses maîtres qu’il voit parfois "le futur", qu’il perçoit l’attaque de la Cité d’Etra par une armée ennemie.
Certains des enfants de la famille, jaloux de ses aptitudes scolaires, le prennent en grippe. Et malgré l’estime que porte Yaven, un des héritiers de la famille, à Gavir et à sa sœur, le jeune esclave, doué d’une formidable mémoire des textes et d’une mémoire chancelante du futur, devra fuir Etra pour rejoindre les hommes libres de la forêt et retrouver son village des Marais.
Sa connaissance parfaite des textes anciens, des contes et des épopées, lui vaudra d’être apprécié des hommes de pouvoir, mais mettra sur sa piste les chasseurs d’esclaves. Heureusement, Chance est toujours avec lui et le conduira, après bien des péripéties, vers les personnages précédents des rivages de l’Ouest.
C’est Gavir lui-même qui nous conte son histoire. Sans parti pris, sans amertume, il relate les faits tels qu’il les a perçus au moment où il les a vécus. Élevé très jeune dans la famille Arca, il est reconnaissant à Père et à Mère de traiter les esclaves avec justice et sans cruauté. Proche de sa sœur, Callo, la seule personne à qui il peut se confier librement, il se réfugie dans la lecture et l’histoire d’Etra et des rivages de l’Ouest. En dépit des vexations jalouses de quelques enfants de la famille, il se sent chez lui parmi les siens. La guerre entre Cités-Etats va changer la donne. Sollicité par des maîtres, il va découvrir des formes de littérature interdites, prônant la liberté et l’égalité des citoyens. Il va découvrir l’impuissance et la haine, quand sa soeur, pourtant promise à l’un des enfants de la famille, sera humiliée et tuée par l’un de ses persécuteurs.
Cet événement va l’entraîner, presque fortuitement, dans une marche progressive vers la liberté. Une liberté individuelle et sauvage, d’abord, puis une liberté collective de révoltés, non dénuée de soumission. Son don de mémoire lui vaut alors un certain confort. Son don de prescience attisera les convoitises lorsqu’il sera de retour dans son village natal. Gavir tire parti de ses pouvoirs, mais il est aussi toujours, lui-même, un enjeu de pouvoir. Il représente la connaissance, le savoir. Il est convoité par la famille, par les maîtres d’Etra, par le général de la forêt, qui veut libérer les esclaves, par les sorciers des Marais. Ce n’est que parmi d’autres hommes de savoir qu’il trouvera la paix.
Cette capacité à traiter en profondeur humaine un sujet qu’elle semble frôler, d’un regard presque historique, est vraiment propre à Ursula Le Guin, qui reste l’une des plus belles voix de la Fantasy et de la SF. Ce n’est pas tant le style que le ton et la distance mêlée d’empathie forte et généreuse avec ses personnages qui sont remarquables. Le rythme est lent, comme pour donner davantage de profondeur à l’instant ou à la mémoire des sentiments. Le point de vue est empreint tout à la fois de proximité et de recul. On devine que le héros qui s’exprime à la première personne a désormais un âge avancé et qu’il se penche sur sa jeunesse avec une compréhension nostalgique. L’auteur fictionnel est blasé, rien dans ses souvenirs n’évoque l’indignation ou la réprobation définitive. Il ne démontre rien. Il raconte et ce faisant, il montre la voie.







