de Philippe Xavier et Ange
aux éditions Soleil
Scénariste :
Ange
Dessinateur :
Philippe Xavier
Couleurs :
Alexe
Date de parution : juin 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 46
Titre en vo : 1
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Un étage au-dessus, un ton en-dessous
La
dernière collaboration en date d’Ange et Varanda : Enfer
(Paradis Perdu -1) avait soulevé l’enthousiasme de par
son aboutissement aussi bien graphique que scénaristique (enfin un peu
moins pour le scénario, d’accord). Le deuxième volet de ce tryptique
était donc très attendu. Les pressés comme moi avaient déjà
eu l’occasion de se réjouir en allant admirer quelques planches et esquisses
du tome 2 sur le site personnel d’Alberto Varanda : www.alvaranda.com.
Et là patatra ! Alberto Varanda a laissé tomber la série*
que son dessin avait pourtant hissée au sommet. Une "habitude"
regrettable qui lui a déjà fait abandonner La Geste des
chevaliers-dragons aux bons soins de Briones, et Bloodline à
ceux de Valton. Alberto, finirez-vous une série air plaintif ?
Bien
sûr, les éditions Soleil ne manquent pas de jeunes talents en pleine
ascension. Cette fois, c’est Philippe Xavier, récent auteur du Souffle
avec déjà Ange au scénario, qui hérite du Paradis
perdu de Varanda. Un héritage plus difficile à faire fructifier
qu’à plomber. Voyons comment le nouveau couple d’auteurs s’est comporté...
"Car
on n’est trahi que par ceux que l’on aime"
Anya
est un ange déchu, rejetée du Paradis pour avoir défendu
les préceptes de Lucifer, préceptes qui ont jadis précipité
les anges dans une guerre fratricide entre ceux asservis à la pureté
des cieux et ceux qui prônent le feu et le chaos. Cela Gabriel ne le sait
que trop bien, lui le veilleur, gardien parmi tant d’autres de l’intégrité
du Paradis, lui qui aime Anya d’un amour impossible. Aujourd’hui, Anya et Gabriel
sont à nouveau réunis et ils doivent tous deux retrouver Julien,
ce petit garçon que Gabriel pense innocemment avoir sauvé du trépas
alors qu’il errait aux frontières du Paradis et de l’Enfer. Une chance
me direz-vous ? Pas vraiment, car les motivations d’Anya n’ont rien de louables
: Julien est celui qui doit apporter la victoire finale au bien et causer la perte
des Enfers, elle se doit donc de l’éliminer. Et pourtant, même au
sein de la très haute autorité des cieux, il semble que la présence
de ce sauveur soit une gêne, au point que certains tentent aussi de le supprimer.
Gabriel, désorienté, se résoud à tenir au mieux ses
engagements et défendre Julien au mieux de ses possibilités, au
mépris des conséquences, au mépris de son amour, au mépris
de son existence.
Du
Varanda avec de la rondeur dedans
Du
côté du scénario, ce deuxième opus devrait combler
les lecteurs de premier tome, qu’ils aient simplement raffolé de l’histoire,
ou qu’ils aient même trouvé qu’elle manquait de consistance. Ici,
tous les éléments d’Enfer prennent leur place dans
un échiquier qui se révèle changeant : les pions revêtant
tout à tour un blanc immaculé ou le noir de la trahison. Co-auteur
du célébrissime jeu de rôle de fantastique urbain In
Nomine Satanis/Magna Veritas, Ange sait détourner avec une efficacité
redoutable les fils qui tissent notre univers religieux pour composer de nouveaux
noeuds, recomposer la part du mythe dans notre quotidien. Ce Purgatoire
a tous les atouts d’un excellent deuxième volet de trilogie : plus sombre,
plus riche que le premier tome, il nous prépare à un final en apothéose.
Nul doute que le talent de scénariste d’Ange y pourvoira.
Pour
le dessin, difficile de se prononcer de façon objective. Car assurément,
Xavier est un très bon dessinateur. Mais j’avoue ne pas avoir déniché
de planche sublime, ni même très inspirée dans ce Purgatoire,
plutôt une application énorme à s’approprier l’univers graphique
de Paradis Perdu. Le trait de Xavier est plus marqué par
"l’école Soleil" : plus épais, plus rond que celui de son
prédécesseur, mais au moins aussi dynamique et simplement expessif.
Une évolution en douceur vers une forme de plus grande consensalité,
trahie par la mise en couleur d’Alexe plus douce (j’ai dit pastel ?) que celle
de Lyse pour Enfer. Mais là j’ai été un
peu dur : mis à part la finesse, la violence du trait et la qualité
d’encrage pour lesquels tenter de rivaliser avec un Varanda tient de la folie
douce, le travail graphique de Xavier est tout à fait excellent et assure
la continuité visuelle de ce qui était déjà devenu
une référence. Les mauvaises langues diront que certaines cases
sont ni plus ni moins que du copier-coller-recadrer du premier volume, avec des
encrages différents : plus veloutés. On pourra crier au scandale.
Je dirais juste que c’est dommage : tenter de faire sien l’univers de Varanda est
un effort louable, piller ses planches l’est beaucoup moins.
Que
cela ne gâche pas votre plaisir : Paradis Perdu est et demeure
une série incontournable et l’on ne peut que saluer les auteurs/dessinateurs
de nous procurer un plaisir si total, si brut et si revigorant. Et si "qui
aime bien, châtie bien", on concèdera que j’adore simplement
cette BD.







