de Jung et Jung
aux éditions Delcourt ,
collection Terres de Légendes
Le charme métis
Né
à Séoul, puis élevé en Belgique, Jung tire de ses
origines mixtes toutes les qualités du métissage culturel. A un
dessin très européen, il associe avec talent un rythme, des couleurs
et un lyrisme tout asiatiques. Après avoir tâté de l’heroic-fantasy
avec La Jeune Fille et le vent (Delcourt) pour laquelle il assurait le
dessin, le voici de retour avec une série qu’il réalise de bout
en bout : Kwaïdan (" fantôme " en japonais). Setsuko,
le deuxième tome, vient de sortir, l’occasion pour ActuSF de faire
le point.
L’esprit du lac
Nous voici au treizième
siècle, dans un Japon tout empreint de mystère et de magie. Les
eaux d’un lac sont tout particulièrement chargées de pouvoir : le
pouvoir de l’immortalité ! L’origine de ce prodige ? Le sacrifice de la
belle dame Orin. Celle que l’on appelle désormais la princesse du lac s’est
suicidée en ces eaux, après que sa sœur, la perfide Akane jalouse
de sa beauté et de l’amour de Nanko, l’a défigurée.
De
retour de la guerre, Nanko le samouraï ne peut supporter ce destin et, après
s’être crevé les yeux, il rejoint pour toujours sa bien-aimée
dans les profondeurs du lac. Seule avec sa haine, Akane devenue immortelle assujettit
une armée de fantômes pour surveiller l’esprit de sa sœur, captif
des eaux.
Une femme sans visage
Malgré ces précautions,
les esprits des amants s’échappent plus d’un siècle plus tard, et
l’âme d’Orin a tout juste le temps de pénétrer le corps d’une
femme enceinte avant d’être rattrapée par la garde d’Akane. La petite
Setsuko verra le jour sans visage, et elle grandira en se cachant derrière
un masque, n’attirant que le mépris. Un jour, elle rencontrera un peintre
aveugle, Seminaru, avec qui elle s’enfuira.
Voilà peut-être
une chance pour Orin et Nanko de voir se concrétiser leur amour perdu à
travers deux êtres de chair. Malheureusement, Akane ne l’entend pas de cette
oreille et elle compte bien protéger son immortalité si chèrement
acquise de la vengeance de sa sœur ! Elle dressera de nombreuses embûches
sur le chemin tortueux de l’âge adulte de Setsuko et Seminaru. Elle mettra
sur leur route son armée de fantômes, et manquera de les séparer
dans le gouffre de l’enfance perdue. Mais toutes ces tentatives ne feront que
souder plus encore l’amour qui les unit.
Plébiscite ?
Des séries comme Kwaïdan donnent leur réelle raison
d’être aux Terres de Légendes, car s’il est bien une chose que l’on
ne peut nier, c’est que le Japon médiéval de Jung est riche de calligraphies
légendaires et d’estompes exotiques. Ce conte nous narre la quête
d’identité d’une jeune femme sans visage sur fond de romance mythique.
La structure du récit est riche, avec des flash-back qui assurent la liaison
d’un scénario à plusieurs niveaux. Le découpage est lui aussi
ambitieux, avec des planches pleine-pages très réussies.
Aussi je modèrerai ma critique du dessin dont je ne raffole pas. Je trouve
surtout que les personnages sont en dessous du reste, avec des attitudes un peu
raides voire figées ; c’est de la BD mais tout de même ! Cette critique
toute personnelle mise à part, je me rallie volontiers au plébiscite
qui a accompagne cette série, pourvue notamment d’encrages sublimes, avec
des verts liquides de toute beauté. On reconnaît là les qualités
de l’illustrateur maniant les couleurs directes avec virtuosité. Un vrai
talent, à découvrir !







