de Philippe Buchet et Jean-David Morvan
aux éditions Delcourt ,
collection Néopolis
Scénariste :
Jean-David Morvan
Dessinateur :
Philippe Buchet
Couleurs :
Philippe Buchet
Date de parution : juin 2002
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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Le tome le plus abouti de la série
Morvan
est un scénariste prolixe, féru de science-fiction
et à l’imagination fertile. Il est aussi fidèle
en amitié. Ses premiers collaborateurs, il les
a connus sur les bancs de l’école (du lycée
pour être plus précis) : Christian Lerolle
et Franck Guréghian, les futurs Colors Twins,
et Savoïa. Il voulut d’abord être dessinateur,
mais a été exclu des Beaux-Arts pour cause
de non-assistance au cours. Il se met alors à
faire des scénarios pour ses copains. Et c’est
avec surprise qu’il apprend que la Bande Dessinée
Reflets perdus qu’il a réalisée
avec Savoïa a retenue l’attention de Zenda qui
l’édite. Puis, c’est un festival de BDs qu’il
propose à ses lecteurs et ses admirateurs de
plus en plus nombreux. Il rencontre Buchet grâce
à Savoïa et à eux trois ils sortent
Nomad chez Glénat. Toujours chez le même
éditeur, il publie avec Trantkat la série
HK qui doit autant à la S-F française
qu’au manga japonais. Il a également travaillé
avec Sfar et Boiscommun sur la série Troll
parue chez Delcourt, qui est assez étrange puisqu’elle
réunit trois auteurs au style et aux univers
très différents. La liste de ses bandes
dessinées est encore longue, donc pour conclure
sur sa bibliographie, citons en dernier Le Cycle
de Tschaï, l’adaptation en BD de l’œuvre
de Jack Vance, qu’il a réalisée avec Li-An
et qui a connu de la part du public autant de louanges
que de critiques.
Philippe Buchet est un dessinateur
au parcours singulier. Il arrête ses études en première et
décide de monter à Paris. Là, il vit des dessins qu’il parvient
à vendre et de ceux qu’il réalise sur les vitrines de cafés.
Puis Buchet s’installera finalement à Reims comme dessinateur indépendant,
et intègrera ensuite une société dans laquelle il s’occupe
de la communication interne, qu’il réalise sous forme de BD. La rencontre
avec Morvan pour la série Nomad dans un premier temps, puis pour
Sillage, lui permet de connaître enfin un succès mérité.
Terroristes...
Sillage est en ébullition, une exposition
sur la vie terrestre est organisée grâce aux données récupérées
dans le vaisseau de Nävis. Cette dernière est donc à l’honneur
pour la soirée. Mais les festivités sont interrompues par le suicide
de l’ambassadeur du peuple Ftoross qui fait écho aux attentats-suicides qui
ont lieu dans les transports en commun. Nävis est confrontée pour
la première fois à la misère et la pauvreté de ce
peuple qui vit dans des " Bidons-nefs " et qui meurt lentement de maladie
que l’on ne peut soigner faute de moyens financiers. Elle, seule humaine de Sillage,
sera prise en otage par un groupe de terroristes qui voit là le seul moyen
pour faire entendre le cri de détresse de leur peuple et provoquer l’intérêt
des autres races plus influentes et plus riches.
Un tome à
plusieurs niveaux
Sillage est une excellente série
de science-fiction. D’album en album, Morvan rend son univers plus dense et ce
cinquième opus est peut-être le plus abouti de tous car le plus
profond. Au fil des volumes, le lecteur suit l’apprentissage de Nävis et
plus elle grandit, plus les problèmes auxquels elle est confrontée
sont complexes. Dans ce dernier album, au nom imprononçable, l’action se
situe sur Sillage même, tout comme dans le deuxième tome, Collection
privée. Morvan politise de plus en plus ses scénarios, là,
il va jusqu’à tendre un miroir au lecteur. L’histoire qu’il met en place
est le reflet de notre monde, le terrorisme est au cœur de l’intrigue. Après
les attentats du 11 septembre, le monde occidental a lancé une "
guerre au terrorisme ", oubliant parfois de s’attaquer d’abord aux causes
mêmes de ce terrorisme. Ce que tente de faire Morvan, c’est de mettre en
lumière ce qui pourrait justifier le recours au terrorisme, à savoir,
la misère et son cortège de maux. Son héroïne, Nävis,
est pétrie de bonnes intentions et de compréhension face au peuple
Ftoross, l’anagramme de son nom, naïve, n’a jamais été aussi
vrai. A travers ses réflexions, Morvan nous donne à lire une véritable
petite dissertation politique dans laquelle il tente d’éviter le manichéisme.
Pari à moitié réussi puisque l’impression que l’on garde
à la fin, c’est tout de même, les gentils terroristes et les méchants
hommes politiques. Il semble que les auteurs aient voulu faire référence
au conflit israélo-palestinien et plus largement au conflit opposant le
monde occidental au monde musulman, ce que l’on peut comprendre grâce à
quelques indices, le langage extraterrestre par exemple qui laisse le lecteur
aussi perplexe que devant de l’Arabe ou bien encore la misère crasse dans
laquelle vivent les Ftoross. Mais ils omettent d’autres éléments
essentiels à la compréhension totale du conflit, dont le principal
est la religion, ce qui a pour effet de trop simplifier le problème et
d’en tirer des conséquences qui sont dès lors biaisées.
La
conclusion selon laquelle la démocratie est une forme d’autoritarisme (et
qu’elle est gouvernée par le capitalisme) n’est de surcroît pas franchement
nouvelle, on pourrait emprunter cette pensée célèbre : "
la démocratie n’est pas le meilleur des régimes mais le moins pire
", pour le prouver. Peut-être l’intrigue était-elle trop complexe
pour la mettre en scène en un seul album, un deuxième aurait permis
réellement d’aller au fond du problème au lieu d’en faire un prétexte
à une aventure. Quant au dessin, il n’y a rien à redire, Buchet
s’en sort toujours aussi bien et démontre une nouvelle fois que son imaginaire
est fertile. On découvre avec un plaisir chaque nouvelle race qui naît
sous son crayon. Sa double page est à la fois audacieuse et novatrice et
pour la lire, un conseil, suivez les flèches (et prenez garde aux clins
d’œil notamment à Golden City). En outre, on constate qu’au
fil des albums Nävis mûrit et que cela se retrouve dans les traits
que lui prête Buchet d’une manière presque imperceptible.







