de Christophe Blain et Joann Sfar
aux éditions Dargaud ,
collection Poisson Pilote
Scénariste :
Joann Sfar
Dessinateur :
Christophe Blain
Couleurs :
Audré Jardel
Date de parution : novembre 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 46
Titre en vo : 1
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De l’usage (ir)raisonné des grands mythes
Joann
Sfar, auteur prolifique s’il en est, poursuit ses parutions
en série. Elles s’organisent selon plusieurs genres.
Il y a d’abord les Donjons, véritable
hydre qui ne cesse de s’accroître et de s’enrichir,
grâce notamment à la série des Donjon
Monsters dont chaque album est confié
à un dessinateur différent. Viennent ensuite
les récits pour enfants avec Petit
Vampire, Sardine de
l’espace et autre Potamoks.
Puis, les récits fantastiques avec Grand
Vampire, Pétrus
Barbygère, La Fille
du professeur. Ensuite, les récits qui
puisent leur source dans les mythes juifs comme Le
Borgne gaucher ou Le Golem
et enfin les récits philosophiques comme Le
Minuscule Mousquetaire ou Socrate le
Demi-Chien. Il y aurait encore beaucoup de
catégories et de classification, et finalement
celle-ci n’est qu’une option parmi cent autres. Christophe
Blain, s’il a bien sûr une connivence graphique
avec Sfar, aime à mettre en scène des
peintres et artistes. Ainsi dans Isaac le Pirate
(Dargaud), nous suivons les aventures d’un peintre embarqué
dans un bateau au XVIIIème et qui va faire le
tour du monde. Comme lui, il a pris la mer (grâce
à son service militaire, en 1991, où il
était matelot) et dessine la vie à bord,
les gens, les paysages qu’il a consigné dans
son Carnet d’un matelot
(Albin Michel). Puis il part sur une base scientifique
du Pôle Sud et revient avec un autre livre : Carnet
polaire (Casterman).
«
A défaut de lui inculquer la philosophie, j’aimerais au moins
l’inciter à se fixer, à fonder une famille, parce qu’il
est épuisant avec sa bite, celui-là… »
Socrate
en a assez de son maître Héraclès
et de ses errances autant sexuelles que guerrières.
Il l’emmène à Ithaque voir Ulysse. L’apprentissage
par l’exemple, il n’y a rien de mieux. Mais voilà,
il trouve Pénélope éplorée,
le héros s’est barré laissant en plan,
femme, enfants, maîtresses et royaume… Pour
le bon exemple, c’est raté. Les choses se compliquent
lorsque Héraclès éventre Télémaque
après que ce dernier l’a surpris avec sa mère
en bien mauvaise posture. Ils prennent le premier bateau
pour fuir Ithaque ; et sur qui ils tombent ? Ulysse
himself qui se jette à la mer. N’écoutant
que leur courage, Socrate se précipite suivi
par son maître. Et ce n’est que le début
de l’aventure.
Mythologie, érotisme et délire
Plus
loquace que jamais, notre penseur canin ne cesse pourtant
d’avoir la chique coupée par les débordements
de tous ces héros. Imaginer plutôt Héraclès,
incapable de réfréner sa libido et toujours
un seul neurone en vue, Ulysse qui se découvre
homosexuel et qui tente de convertir Héraclès,
Homère, très grand (6 mètres de
haut) poète aveugle qui cherche à se venger
d’Ulysse. Rajoutons que notre demi-chien va épouser
une humaine moche mais gentille qu’Ulysse et Héraclès
vont manger, Poséidon va s’en mêler
et bien d’autres aventures encore. Nom mais quel bordel.
Comment voulez-vous que Socrate arrive à s’y
retrouver là-dedans ? Riche en péripéties,
ce deuxième tome est également beaucoup
plus érotique que le premier. Sfar s’aventure
avec bonheur sur les sentiers de la perdition. On rit,
on se moque, on cogite, on compatit, on s’étonne
(non, il ne va pas oser) bref, on passe un moment des
plus agréables en compagnie de tous ces héros.
Sfar s’amuse avec la mythologie et lui donne parfois
une portée inattendue avec des dialogues savoureux.
Il se réapproprie les mythes, les bidouille,
les brise, les déstructure, bref leur donne une
forme nouvelle et c’est bien ce que l’on demande à
un auteur. Passées par le filtre de son imaginaire
fertile, les anciennes fables se parent d’habits tout
neufs. Un grand moment pour tous les mordus de (oserais-je
?) cul(ture). (Oui j’ai osé).







