de George C. Chesbro et Fabrice Colin
aux éditions Les Moutons électriques
Auteurs :
George C. Chesbro
,
Fabrice Colin
,
Jeffrey Ford
,
Laurent Queyssi
,
Rodolfo Martinez
,
Kate Wilhelm
,
James Sallis
,
Jack O’Connell
,
Bruce McAllister
,
Kelly Link
,
August Derleth
,
Julien Bétan
,
Francis Valery
Couverture :
Frédéric Bézian
Illustrations :
François Avril
Rédaction :
François André Ruaud
Date de parution : mars 2007
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Revue
Nombre de pages : 370
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Un morceau de choix
Kate Wilhelm, Jack O’Connell.
Parmi les auteurs anglo-saxons, seuls Jeffrey Ford et Kate Wilhelm sont véritablement des auteurs du serail de la SF. Longtemps abonné à une SF dite « psychologique » avec Physiognomy ou Memoranda, le premier nous a étonné cette année avec La fille dans le verre chez Denoël, sorte de plongée dans les années 30 aux Etats Unis avec pour héros une bande de gentils escrocs qui se retrouvent plongés dans une affaire dangereuse. Un texte vaguement à la frontière des genres et sans aucun lien avec ses précédents romans traduits en français. Pour Les vacances du batelier qui paraît dans Fiction, il change encore une fois d’univers pour mettre en scène le célèbre Charon, celui qui emmène les âmes damnées en Enfer en leur faisant passer le Styx. Un Charon qui veut prendre des vacances pour se rendre sur une île étrange plus bas sur le fleuve. L’ambiance, le décor et le personnage font de cette nouvelle une vraie réussite. On se délecte de ce récit et des paysages dépeints par Jeffrey Ford. L’Enfer peut finalement être assez fascinant lorsqu’il est bien raconté. Seul bémol, on ne peut s’empêcher de penser au personnage de la MORT de Terry Pratchett. Les deux ne sont pas si éloignés même si le propos est très différent.
De son côté, Kate Wilhelm signe une nouvelle remarquable de science-fiction avec un homme qui prend sous son aile une petite fille qui grandit trop vite. Beaucoup trop vite ! Commence pour eux une relation étrange dans laquelle ils sont obligés de se cacher du FBI qui aimerait bien pouvoir étudier l’enfant. C’est un des récits les plus émouvants de ce Fiction et il donne vraiment envie de redécouvrir certains romans de l’auteur. Elle a été traduite à plusieurs reprises en France mais dans les années 70-80. Depuis plus rien ou presque malgré quelques morceaux de choix comme Hier, les oiseaux ou Le Temps des genévriers.
Jack O’Connell vient lui du monde du polar même s’il ne dédaigne pas flirter avec le fantastique. Quasi inconnu chez nous, Fiction lui offre une première tribune en France avec pas moins de deux nouvelles, aussi excellentes l’une que l’autre. La première est surprenante avec un jeune homme qui voit sa vie bouleversée lorsqu’il reçoit un livre des mains d’un inconnu dans le train. Un livre qu’il perdra tout de suite après et qu’il passera son existence à rechercher (Tour de Magie). Dans le deuxième texte, deux voleurs font le casse de trop en débarquant dans la grande maison d’un toubib (Fric-frac chez le toubib). Deux textes qui tirent légèrement sur le fantastique et qui ont comme point commun de s’appuyer sur une surprise finale vraiment imprevisible.
On finira ce tour d’horizon des nouvelles de Fiction numéro 5 en évoquant la science fiction de George C. Chesbro avec un futur dans lequel l’information est une denrée rare et diffusée sous le manteau. A lire aussi absolument, Les démons d’Ansley de James Sallis, un texte fantastique qui fait froid dans le dos, et Royaumes invisibles de Steven Utley qui s’intéresse plutôt à l’immortalité de sa crapule de héros.
Enfin côté non-fiction, à signaler l’excellent article sur Edd Cartier, un illustrateur fascinant des années 50 et le port folio de Mélanie Delattre avec des créatures insectoïdes pour le moins étranges.
Premier prix d’excellence.
On le savait déjà, c’est une confirmation, Fiction est une revue de très haute tenue. La qualité de ses textes, le talent d’André-François Ruaud qui n’hésite pas à aller chercher des auteurs dans d’autres genres ou à en remettre certains dans la lumière, la beauté de l’objet... tout concourt à en faire une revue indispensable dans le paysage francophone des littératures de l’imaginaire. Il y a beaucoup de plaisir à lire ces pages, et beaucoup d’auteurs à découvrir. Il faut certes un peu de curiosité pour s’attaquer à ce sommaire étonnant. Mais le pari est assez peu risqué. Bravo aux Moutons Electriques d’éditer une telle revue. Sa richesse est à elle seule un morceau de bravoure à saluer.






